Vendeurs attachés aux anciens prix, acheteurs inquiets de perdre de l’argent : en 2027, de nombreux Français pourraient préférer attendre plutôt que d’acheter.

« Pour moi, mon appartement vaut beaucoup plus que ce que vous m’annoncez. Il faut tenter le prix maximum. » Cette réflexion, je l’entends encore chez certains propriétaires à Paris et en Île-de-France, malgré plusieurs années de correction des prix et les explications répétées des professionnels de l’immobilier. Beaucoup restent attachés aux valeurs de 2018-2022, lorsque la hausse du marché semblait presque acquise. Il leur est difficile d’admettre qu’un appartement puisse aujourd’hui se revendre moins cher que ce qu’ils espéraient, tant la pierre a longtemps été considérée comme un placement sûr.

Du côté des acquéreurs, les conversations ont changé. Une cliente me confiait récemment : « Je ne cherche pas à faire de l’argent, je cherche à ne pas en perdre. » Acheter ne signifie plus nécessairement réaliser une plus-value à la revente, et la possibilité de voir un bien perdre de sa valeur entre désormais dans les réflexions. Les acheteurs examinent davantage les prix du quartier, les travaux de copropriété et les conditions d’une éventuelle revente.

Les vendeurs ont du mal à abandonner les prix d’hier, tandis que les acheteurs craignent de payer trop cher aujourd’hui. Ce décalage se retrouve dans les négociations et pourrait continuer à ralentir les transactions à l’approche de 2027.

Des prix immobiliers en baisse, mais un crédit plus coûteux

À Paris, les prix ont reculé depuis leurs niveaux élevés de 2021-2022, sans rendre pour autant l’achat plus accessible. La hausse des taux d’intérêt a largement effacé le bénéfice de cette baisse. Un appartement passé de 500 000 à 450 000 euros peut ainsi coûter davantage chaque mois à financer qu’il y a quelques années, sans compter l’apport nécessaire, les frais d’acquisition et les éventuels travaux.

Cette situation change la manière de chercher. Un acquéreur me racontait avoir visité dix appartements dans la même semaine, sans trouver celui qui lui convenait. Un autre jugeait les prix affichés « dix fois trop chers ». Ces réactions, parfois excessives, traduisent un sentiment que je retrouve régulièrement : les biens disponibles sont nombreux, mais les acheteurs peinent à trouver un appartement dont le prix leur semble justifié.

« J’ai peur de faire une bêtise », m’a confié l’un d’eux. Derrière cette phrase se trouve une inquiétude concrète : s’engager sur vingt ou vingt-cinq ans pour un logement dont la valeur pourrait baisser, alors que son financement coûte déjà davantage.

Investissement immobilier : la pierre reste-t-elle une évidence ?

Cette prudence concerne également l’investissement locatif. Un appartement acheté 300 000 euros et loué 1 000 euros par mois offre un rendement brut de 4 %, avant les charges, les travaux, la fiscalité et les éventuelles périodes sans locataire. Sans garantie de plus-value à la revente, les investisseurs doivent examiner plus attentivement la rentabilité réelle de leur opération.

Les épargnants disposent aussi d’autres possibilités, notamment les placements financiers diversifiés, qui comportent leurs propres risques mais n’imposent pas les mêmes contraintes de gestion ni la même immobilisation de capital. L’immobilier reste un moyen de se constituer un patrimoine, mais il n’est plus nécessairement le choix évident qu’il a longtemps représenté.

Pour ceux qui cherchent leur résidence principale, la réflexion est différente. Devenir propriétaire demeure un projet de vie, sans pour autant justifier d’acheter à n’importe quel prix, particulièrement lorsqu’on dispose déjà d’un logement qui convient.

Marché immobilier 2027 : acheter maintenant ou rester locataire ?

Le coût du crédit, les incertitudes économiques et l’approche de l’élection présidentielle de 2027 pourraient encourager certains ménages à différer leur projet immobilier. Cette possibilité concerne surtout ceux qui peuvent attendre, sans nécessité familiale ou professionnelle de déménager.

Un acquéreur potentiel me disait récemment : « De toute manière, je ne suis pas pressé. Je suis bien dans mon quartier et je préfère encore louer plutôt que de faire une bêtise. »

Cette réflexion rejoint ce que j’observe dans mon activité. Certains acheteurs continuent leurs recherches sans se fixer d’échéance, tandis que d’autres préfèrent prolonger leur location plutôt que de s’engager dans un achat dont ils ne sont pas convaincus.

Pendant longtemps, les Français ont eu le sentiment qu’attendre pour acheter revenait à perdre de l’argent, puisque les prix continuaient de monter. Aujourd’hui, certains commencent à se demander si ce n’est pas l’inverse.

C’est peut-être ce qui pourrait marquer le marché immobilier en 2027 : non pas une disparition des acheteurs, mais davantage de ménages qui ont les moyens de devenir propriétaires et qui décident pourtant de ne pas franchir le pas. Non par manque d’envie, mais parce qu’ils ne sont plus convaincus que le temps joue contre eux.

Source du Lien