Notre épargne est un levier pour construire l’avenir auquel nous croyons, en soutenant les entrepreneurs qui répondent aux défis environnementaux et sociétaux.
Nous sommes devenus lucides sur les fractures de notre époque et connaissons le prix caché, environnemental comme sociétal, de notre modèle de développement. Nous savons donc ce qui ne fonctionne plus et demandons aux gouvernements d’agir, aux entreprises de changer, aux entrepreneurs d’inventer.
Mais il est un acteur que nous interrogeons moins : nous-mêmes. Et plus précisément, notre argent. Notre argent est du travail accumulé : des années d’efforts, de décisions, de risques pris, puis un capital qui, à son tour, travaille pour nous. Ce travail, nous pouvons le consommer, le préserver, le transmettre… mais nous pouvons aussi, et surtout, l’engager pour faire advenir ce qui n’existe pas encore.
Oui, l’engager. Car nous avons fini par réduire la richesse à ce qu’elle permet d’acheter, au point d’oublier parfois ce qu’elle permet de construire. Avoir constitué une épargne ou un patrimoine, c’est donc aussi disposer d’un pouvoir rare : celui d’aider à bâtir l’avenir auquel on croit, en choisissant les problèmes que l’on veut contribuer à résoudre et les entrepreneurs auxquels on veut donner une chance.
Pour ne donner qu’un exemple, notre réseau de Business Angels à impact a choisi d’investir dans NOLT. Cette startup niçoise conçoit des équipements sportifs écoresponsables et cherche aujourd’hui à aller plus loin : passer progressivement de la vente de maillots à un modèle d’abonnement fondé sur leur usage. Cette évolution prend toute sa force parce que NOLT ambitionne de faire du maillot usagé la matière première du suivant. À première vue, on pourrait n’y voir qu’une innovation commerciale. En réalité, NOLT renverse la logique : tant qu’un fabricant gagne davantage à remplacer qu’à faire durer, la durabilité reste en tension avec son intérêt.
Mais s’il vend l’usage plutôt que le produit, tout s’inverse : ce qui dure vaut plus, ce qui se répare coûte moins, ce qui se recycle redevient une ressource. La durabilité cesse alors d’être une vertu espérée ; elle devient une rationalité économique.
Imaginez ce principe appliqué à l’ensemble de nos biens de consommation : produire toujours plus pour remplacer toujours plus cesserait progressivement d’être la logique économiquement rationnelle. Le financement d’entreprises encore naissantes peut accélérer cette bascule en faisant émerger des modèles où performance économique et intérêt collectif convergent.
Voilà, à mes yeux, la grandeur d’investir au début d’une aventure : engager aujourd’hui une part de nos ressources pour donner une chance à la version du futur que nous choisissons de rendre possible. Peut-être entrons-nous d’ailleurs dans une forme de Renaissance, moins portée par l’ivresse du progrès que par la nécessité d’en réparer les externalités.
Cette Renaissance aura besoin d’inventeurs et d’entrepreneurs. Mais la différence avec la précédente est peut-être là : le pouvoir de financer le changement n’appartient plus à quelques grandes fortunes. Il peut désormais être partagé par une multitude d’épargnants et d’investisseurs, chacun à la mesure de ses moyens, qui choisissent d’engager une part de leur patrimoine dans les transformations auxquelles ils croient.
Notre époque n’a donc pas besoin d’un nouveau Médicis. Elle a besoin d’une multitude de citoyens prêts à jouer, à leur échelle, une part de ce rôle. Car notre argent n’est jamais neutre. Par ce que nous achetons et par ce que nous finançons, il soutient déjà une certaine façon de produire, de consommer et de vivre ensemble.
La question n’est donc plus de savoir si notre argent influence le monde. Il le fait déjà. Alors cessons de laisser ce pouvoir en sommeil. Choisissons les causes auxquelles nous croyons, les entrepreneurs que nous voulons soutenir, et engageons, chacun à la mesure de ses moyens, une part de notre épargne à leurs côtés.
Le futur se financera de toute façon. A nous de financer celui que nous voulons.

