J’ai fait mes études de master en gestion de patrimoine à Clermont-Ferrand, il y a maintenant vingt ans. Avec le recul, il me revient un enseignement qui résume peut-être mieux que beaucoup de théories le point de départ de toute construction patrimoniale. Le doyen Aulagnier le formulait sous forme de boutade :
« Un chou est un chou. »
La formule joue évidemment avec l’expression un sou est un sou, et avec la réputation d’économie traditionnellement prêtée aux Auvergnats. Mais derrière l’humour, il y a une vérité simple : on ne construit pas un patrimoine seulement parce que l’on gagne de l’argent, mais parce que l’on ne consomme pas tout ce que l’on gagne.
Se construire un patrimoine est simple : il suffit d’être économe
Construire un patrimoine est, dans son principe, assez simple. Il faut gagner de l’argent, si possible beaucoup, mais surtout accepter de ne pas tout dépenser en consommation immédiate.
Moins vous dépensez, plus vous pouvez épargner. Plus vous épargnez, plus vous pouvez investir. Et plus vous investissez régulièrement, plus vous construisez progressivement un patrimoine. CQFD.
Bref, ce construire un patrimoine n’est pas difficile, il suffit d’être radin et nous sommes un certain nombre dans ce cas.
L’idée selon laquelle les bons rendements suffiraient à rendre riche est largement entretenue par les réseaux sociaux. Elle est pourtant trompeuse. La richesse ne commence pas avec un placement performant, mais avec une capacité à mettre de côté régulièrement, à faire preuve de discipline et à vivre en dessous de ses moyens.
C’est la première leçon patrimoniale : un chou est un chou.
Les petites dépenses, les arbitrages quotidiens et la capacité à différer une consommation comptent. Sans culture de l’épargne, il n’y a pas de patrimoine durable.
Mais accumuler ne suffit pas à bien gérer son patrimoine
Cette première vérité est indispensable, mais elle ne suffit pas.
C’est la deuxième dimension de la gestion de patrimoine. Et celle-là, je ne l’ai pas apprise à l’école et je l’ai rarement entendue, c’est pourtant une dimension essentielle.
Dans les formations patrimoniales, on parle bien sûr de projets de vie : protéger son conjoint, préparer sa retraite, financer les études des enfants, organiser sa transmission. Ces sujets sont utiles, nécessaires, parfois fondamentaux. Mais ce ne sont pas des projets de vie. Ils sont des objectifs financiers liés à l’accumulation, à la protection, à l’optimisation ou à la transmission.
Ils restent inscrits dans une logique industrielle qui encourage à épargner davantage, placer davantage, capitaliser davantage. Autrement dit, le patrimoine devient trop souvent sa propre finalité.
La vraie gestion de patrimoine vient avec l’expérience. Elle commence lorsque l’on comprend qu’avoir le plus gros patrimoine possible ne signifie pas nécessairement avoir réussi sa vie patrimoniale.
Le risque est même de se mentir à soi-même. Dire que l’on épargne pour préparer sa retraite, que l’on investit dans l’immobilier pour financer ses vieux jours, puis être incapable, le moment venu, de consommer son capital, de vendre un actif, d’arbitrer ou d’utiliser réellement cet argent pour vivre mieux.
Dans ce cas, on ne prépare pas un projet de vie. On habille simplement son avarice avec des mots patrimoniaux.
La vraie valeur du conseil : remettre l’argent à sa juste place
C’est précisément là que la gestion de patrimoine devient intéressante.
Pas lorsqu’elle se contente de vendre des placements, d’optimiser une fiscalité ou de produire des tableaux de projection. Mais lorsqu’elle aide à répondre à une question beaucoup plus profonde : à quoi doit servir votre argent ?
Gérer sincèrement son patrimoine, ce n’est pas mourir avec le plus gros capital possible. C’est comprendre que l’argent et le patrimoine ne sont qu’une énergie au service des projets de vie.
Les vrais projets de vie ne sont pas seulement financiers. Ils concernent la famille, les enfants, le couple, le temps, la santé, la liberté, le travail, parfois le développement personnel. Ils peuvent conduire à dépenser davantage, à investir dans soi-même, à aider plus tôt, à travailler moins, à choisir une trajectoire moins optimale patrimonialement, mais plus juste humainement.
C’est cette approche que j’essaie de défendre : ne pas opposer l’épargne et la vie, mais organiser le patrimoine pour qu’il serve réellement la vie.
Il faut donc apprendre deux choses.
D’abord, un chou est un chou : l’épargne, la prudence et la discipline sont indispensables.
Puis il faut apprendre à ne pas devenir prisonnier de cette vérité.
Accumuler pour accumuler n’a aucun intérêt. Le véritable sujet n’est pas de construire le plus gros patrimoine possible, mais de construire le patrimoine qui vous aidera à réussir votre vie.


