Le taux de jeunes propriétaires reste stable et les primo-accédants représentent un crédit sur deux. Mais derrière ces chiffres, le profil des acheteurs a complètement changé.

Je suis agent immobilier à Paris et en Île-de-France. Toutes les semaines, je reçois des acheteurs de moins de 35 ans. Des jeunes qui achètent, j’en vois passer beaucoup.

Mais quand je regarde leurs dossiers, je vois presque toujours la même chose : les parents aident. Une donation, un virement pour compléter l’apport, ou une caution sur le prêt. Les dossiers sans aide de la famille, j’en vois de moins en moins. Et souvent, ils ne vont pas au bout.

Les chiffres disent pareil. 40% des gens qui achètent pour la première fois sont aidés par une donation ou un héritage. En 2002, c’était 20%. Deux fois plus en vingt ans. Chaque parent peut donner 100 000 euros tous les quinze ans sans payer d’impôt. Beaucoup de familles font ça pour aider leurs enfants à acheter.

La Banque de France a étudié la question : qu’est-ce qui fait qu’une personne devient propriétaire ? Ce n’est pas le salaire. Ce n’est pas le diplôme. C’est d’avoir des parents propriétaires. Des parents qui possèdent un bien peuvent donner de l’argent, se porter caution, et un jour transmettre. Leurs enfants achètent plus tôt et plus facilement.

À Paris, l’acheteur moyen gagne 5 000 euros nets par mois et met 81 000 euros d’apport. Un bon salaire ne suffit plus. Ce qui fait la différence, c’est l’apport. Et l’apport vient de la famille.

Les statistiques restent stables : 17,2% des moins de 30 ans sont propriétaires en 2025, contre 16,7% en 2021. Fin 2025, presque un crédit sur deux est allé à un premier achat. Mais derrière ces chiffres, les profils ont changé. Les jeunes aidés ont pris la place des jeunes sans patrimoine. Ces derniers sont sortis du marché sans faire de bruit.

Ça ne date pas d’hier. En 1973, chez les 25-44 ans, 34% des ménages modestes étaient propriétaires, contre 43% des plus aisés. Neuf points d’écart. En 2013 : 16% contre 66%. Cinquante points d’écart. Le mouvement dure depuis quarante ans.

Pourquoi ? Parce que les prix ont monté plus vite que les salaires. Un rapport du Sénat de 2025 le montre : avec le même budget, on achète 26% de surface en moins qu’en 2000. Et pour le même logement, on s’endette 23 ans au lieu de 15.

Et ça va continuer. Les baby-boomers vont transmettre leur patrimoine dans les quinze ans qui viennent. Cet argent ira surtout vers les familles déjà aisées. Les logements classés F seront interdits à la location en 2028. Leur prix baisse déjà de 15 à 25%. Mais pour en profiter, il faut pouvoir payer le bien plus les travaux.

Pour un jeune sans famille propriétaire, les solutions qui restent : viser plus petit, s’éloigner en grande couronne, ou continuer à louer en attendant. Et encore, la province suit le même chemin. Les prix des villes moyennes ont beaucoup monté depuis 2020. Acheter sans aide familiale devient difficile partout, pas seulement à Paris.

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