L’assurance doit devenir une industrie scientifique pour mieux anticiper les risques, prévenir les dommages et renforcer la résilience des entreprises.
Avec une pression géopolitique croissante, des menaces cyber incessantes et des effets du changement climatique de plus en plus intenses, la question n’est plus de savoir si 2026 sera l’année la plus difficile de la décennie, mais comment les assureurs, ni devins ni arbitres de l’avenir, peuvent pleinement intégrer la science.
C’est là que se joue l’accélération de notre métier et la force de notre engagement : affirmer notre rôle d’acteur scientifique. Sans rigueur, les assureurs ne pourront plus protéger efficacement demain, quel que soit le scénario. Ni l’intuition, ni les logiques financières, ni les modèles anciens ne suffiront : c’est un changement de nature, pas seulement d’échelle.
Il est donc stratégique de dépasser la fonction classique de l’assureur, encore trop centrée sur une logique défensive des aléas et des dommages. Nous devons instaurer un modèle fondé sur des approches scientifiques, bénéfiques pour les assureurs comme pour leurs clients, et revoir nos fondations.
Les modélisations physiques, environnementales, économiques et énergétiques permettront de mieux préserver la continuité des activités et la compétitivité, et non plus seulement d’indemniser des pertes. Comme dans la santé, où prévention et détection ont transformé les pratiques, la science peut renforcer la résilience face à des risques augmentés.
Cette transformation est déjà mesurable : entre 2019 et 2025, la probabilité de réduction des sinistres pour les entreprises ayant mis en œuvre des mesures de prévention scientifiquement éprouvées a progressé de 43%, alors même que les inondations, la grêle et les incendies frappent aujourd’hui l’Europe avec une intensité accrue.
Sans capacités prédictives, il serait déraisonnable de laisser les entreprises sans action. Notre étude sur la résilience par pays, menée auprès de 800 décideurs, montre que 74% sous-estiment l’exposition réelle aux risques climatiques. Cette méconnaissance accroît fortement les risques : ruptures d’activité, fragilisation financière, dommages collatéraux.
La confiance dans l’avenir ne se construira qu’en donnant à voir ce qui n’est pas encore visible. Il s’agit de technologies avancées et de recherches de pointe, non de science-fiction, permettant des scénarios probabilistes réalistes. Ces outils sont essentiels pour l’assurance comme pour la société. En réponse aux risques systémiques, des centres de recherche ont été créés, dont un nouveau centre sera inauguré en 2027 en Europe.
Une question centrale demeure : la science des données sera-t-elle un levier d’égalité ou un domaine réservé ? Si 100% des entreprises en dépendent pour fonctionner, 100% en bénéficieront-elles réellement ?
Trois risques se dessinent :
- Des réflexes dépassés, incapables d’exploiter pleinement les données.
- Une concentration de l’expertise chez ceux qui investissent le plus.
- Une attention insuffisante à la qualité et à la résilience des données.
Les assureurs ont un rôle d’accélérateur essentiel pour permettre à toute l’économie de bénéficier de la science des données. Cela suppose un changement de paradigme, fondé sur une nouvelle maîtrise et une nouvelle culture. Les ingénieurs seront au cœur de l’assurance de demain, avec des solutions concrètes face aux vulnérabilités croissantes. À défaut, le risque est clair : une économie à deux vitesses face au risque.
En conclusion, considérer les assureurs comme des acteurs scientifiques et technologiques au service de la vie et de l’économie est une nécessité. C’est un chemin de transformation fondé sur la conviction et l’anticipation. Il s’agit d’une étape indispensable pour la mission de protection et l’impératif de résilience dont le monde a besoin, aujourd’hui, demain et après-demain.

