Fécondité abaissée de 1,8 à 1,45 enfant par femme, déficit projeté doublé à 2,4% du PIB en 2070, ratio actifs-retraités à 1,62 : le rapport du COR de juin 2026 réécrit l’avenir des retraites.
Le chiffre est passé sous les radars. Dans son rapport annuel publié le 11 juin 2026, le Conseil d’orientation des retraites a abaissé son hypothèse centrale de fécondité de 1,8 à 1,45 enfant par femme à partir de 2028. Un ajustement technique, aligné sur les dernières projections de l’Insee. Mais un ajustement qui ajoute à lui seul 1 point de PIB au déficit projeté du système de retraite en 2070, le faisant passer de 1,4 % à 2,4 %. C’est la plus forte révision en un an depuis la création du COR en 2000.
1,45 enfant par femme : la France rejoint le rang
1,45 enfant par femme, c’est 19 % de moins que l’hypothèse précédente. C’est aussi le niveau le plus bas jamais retenu par le COR dans un scénario de référence. La France, qui se distinguait en Europe par une fécondité relativement élevée, rejoint la trajectoire de l’Italie, de l’Espagne et de l’Allemagne. L’Insee projette une perte de plus de 3 millions d’habitants d’ici 2070.
Pour un système de retraite par répartition, la fécondité détermine le nombre de cotisants futurs. En 1970, la France comptait 3,1 actifs pour un retraité. En 2026, ce ratio est tombé à 1,7 pour 17,4 millions de retraités. Le COR projette 1,62 en 2070. La base de cotisants se contracte alors que le nombre de bénéficiaires continuera d’augmenter mécaniquement pendant 15 ans sous l’effet du baby-boom.
67,6 ans : l’âge de départ qu’il faudrait pour combler le trou
Le système affiche déjà un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025, soit 0,2% du PIB. Les dépenses de retraite représentent 14,1% du PIB, un niveau quasi stable jusqu’en 2045 selon le COR. C’est après cette date que la trajectoire diverge : 15,3% du PIB en 2070.
Le COR a simulé ce qu’il faudrait pour résorber ce déficit par le seul levier de l’âge de départ : 67,6 ans en 2070. Le Conseil précise que ce scénario « ne constitue en aucune manière une proposition de réforme ». C’est une illustration de l’ampleur de l’écart.
Les conséquences pour les futurs retraités sont chiffrées. Les pensions représentent aujourd’hui 64,5% du revenu des actifs. Le niveau de vie moyen des retraités, équivalent à celui de l’ensemble de la population (97%), chuterait à 87,5% en 2070. L’analyse que nous avons publiée sur ADCF.org en juin 2026 à partir des données du COR et de la Cour des comptes montre que la génération qui prendra sa retraite entre 2040 et 2060 sera la première depuis l’après-guerre à vivre moins bien que la population active.
La réponse politique va dans le sens inverse
C’est dans ce contexte que la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu la réforme des retraites jusqu’au 1er janvier 2028. L’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois. 64 000 personnes pourront partir plus tôt grâce à cette suspension.
Le coût direct est estimé à 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027 (Fondation IFRAP). Si la suspension devait se prolonger, le déficit cumulé atteindrait 18 à 20 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2035. La dette du régime général et de la CNRACL passerait de 150 à 170 milliards en 2035, et atteindrait 500 milliards en 2045 selon la Cour des comptes.
La démographie ne négocie pas
Ce qui frappe dans ce rapport, ce n’est pas le déficit en lui-même. Les systèmes de retraite ont toujours été ajustés. C’est que la variable d’ajustement la plus puissante, la démographie, vient de basculer dans le rouge de manière durable. Les précédentes projections reposaient sur l’hypothèse d’une fécondité à 1,8, suffisante pour stabiliser la population active à long terme. Cette hypothèse ne tient plus. Il reste trois leviers : augmenter les cotisations, baisser les pensions ou reculer l’âge de départ. Le paradoxe d’un rapport qui aggrave le diagnostic au moment exact où le gouvernement suspend le seul levier qu’il avait activé.

