Depuis le 11 août 2026, une agence immobilière ne peut plus démarcher un particulier par téléphone sans son accord préalable. Appeler un vendeur repéré sur une annonce, sans qu’il ait donné cet accord
Le régime créé par la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 s’applique depuis le 11 août 2026. Démarcher un particulier par téléphone suppose désormais son accord préalable, et la preuve de cet accord est à la charge du professionnel. Bloctel disparaît. Le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 précise le cadre : un accord valable un an au plus, des appels du lundi au vendredi hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, quatre tentatives au plus sur trente jours. Une exception demeure : l’appel à un client lié par un contrat en cours, sur l’objet de ce contrat.
Pour une agence immobilière, la conséquence est directe. Le particulier qui publie son annonce ne peut plus être démarché par téléphone s’il n’a pas donné son accord avant. Il faut donc qu’il vienne à l’agence de lui-même, ou qu’il ait donné cet accord, par exemple sur le site de l’agence.
Beaucoup d’agences cherchent l’outil qui remplacera le téléphone. La question est mal posée. L’appel sortant n’était qu’un moyen d’obtenir un rendez-vous d’estimation. Les tâches qui l’entouraient, elles, demeurent : repérer, trier, estimer, rapprocher, rendre compte. C’est sur ces tâches que l’IA est utile.
Un agent par tâche, pas un assistant à tout faire
Un assistant conversationnel rend service au négociateur qui sait l’interroger. Il attend qu’on lui parle. Un agent IA fonctionne autrement : une mission précise, des données d’entrée, un résultat attendu, une règle d’arrêt. Il tourne seul, souvent la nuit, relié au logiciel de transaction de l’agence lorsque son interface le permet. Cinq agents couvrent l’essentiel du travail de préparation.
Le premier prépare la pige qui reste permise. Il part du fichier de l’agence : anciens clients, contacts qui ont donné leur accord, accords qui arrivent à échéance. Il y ajoute des signaux publics, comme les audits énergétiques publiés par l’ADEME, qui précèdent souvent la vente d’une maison. Il laisse de côté les annonces de particuliers : la CNIL rappelle qu’un propriétaire qui publie son bien n’attend pas d’être sollicité par un professionnel. Il prépare un courrier adressé au bien, que le négociateur relit et signe. Il ne déclenche aucun appel.
Le deuxième trie les demandes entrantes. Formulaire d’estimation rempli à 23 h, message transmis par un portail, demande de visite : il distingue vendeur et acquéreur, note le projet, le délai et le secteur, puis prépare une réponse. Le matin, le négociateur trouve une liste classée, pas une boîte de réception.
Le troisième prépare l’estimation. À partir des caractéristiques du bien et des ventes comparables du quartier, il propose une fourchette argumentée. Le négociateur la corrige avant tout envoi. L’estimation en ligne est la porte par laquelle un vendeur vient de lui-même : encore faut-il lui répondre vite, et juste.
Le quatrième rapproche les biens et les acquéreurs. Chaque nouveau mandat est comparé au fichier acquéreurs, chaque nouvel acquéreur au stock. Le négociateur reçoit les correspondances avec leur justification et choisit qui rappeler.
Le cinquième rend compte au vendeur. Visites, retours des acquéreurs, annonces concurrentes du quartier : il prépare le point régulier que le vendeur attend et que le négociateur repousse faute de temps.
Un agent décide, une automatisation exécute
Une erreur revient souvent : demander à l’IA de tout faire, y compris envoyer. Il vaut mieux séparer les rôles. L’agent IA analyse et décide : ce contact est un vendeur, ce bien correspond à cet acquéreur, cet accord expire dans quinze jours. Une automatisation classique exécute ensuite, de façon prévisible : créer la fiche, poser une tâche dans l’agenda, envoyer le courrier validé.
Cette séparation rend le système contrôlable. Quand un résultat est faux, on sait où regarder. Elle sert aussi la conformité. Une automatisation sait compter : aucun appel sans accord enregistré, aucun appel hors des créneaux autorisés, pas de cinquième tentative sur trente jours. Elle bloque, sans discussion.
L’IA prépare, le négociateur valide
La loi fait peser la preuve sur le professionnel. L’outil aide à la tenir. Chaque accord recueilli sur le site de l’agence est horodaté, rattaché à la fiche du contact et assorti de sa date d’échéance. L’agent signale les accords qui arrivent à terme.
La décision commerciale, elle, reste humaine. Aucun courrier, aucune estimation, aucun compte rendu ne part sans relecture. Le négociateur ne passe plus sa matinée à chercher qui appeler. Il la passe à choisir, puis à rencontrer.
Le pilotage change aussi. Un directeur d’agence suivait un nombre d’appels. Il peut désormais suivre des demandes entrantes, des délais de réponse, des estimations envoyées et des rendez-vous obtenus.
Commencer par le bon bout
Inutile de lancer cinq agents le premier mois. Le tri des demandes entrantes est un bon point de départ : il n’envoie rien seul et se mesure facilement, par le délai de réponse et le nombre de rendez-vous pris.
Deux conditions comptent davantage que l’outil. D’abord, un logiciel de transaction dont l’interface permet de lire et d’écrire les données. Ensuite, un site qui fait venir des demandes : pages de quartier, estimation en ligne, avis clients, recueil d’accord propre. Sans demandes entrantes, il n’y a rien à trier.
Le 11 août n’a pas supprimé le besoin de vendeurs. Il a déplacé l’effort, du téléphone vers le site qui attire le vendeur et vers l’organisation qui lui répond. Les agents IA ne remplacent pas le négociateur. Ils lui rendent le temps que la pige lui prenait.

