Le constat est sans appel. À politique inchangée, le déficit public pourrait atteindre 6,8 % du PIB en 2030 et la dette dépasser 130 % du PIB. Pour stabiliser cette trajectoire, la France devrait engager un ajustement budgétaire de l’ordre de 125 milliards d’euros d’ici 2032.
L’effort devra commencer dès 2027. Le repousser ne ferait qu’augmenter son coût et le risque d’un ajustement brutal.
Voici le rapport : MISSION SUR LA TRANSPARENCE DES FINANCES PUBLIQUES
Il n’existe que trois leviers
Le rapport de la mission sur la transparence des finances publiques identifie trois leviers : réduire les dépenses, augmenter les recettes et relever la croissance potentielle.
Il n’existe pas de solution magique.
La France peut encore augmenter certains impôts à la marge, mais la pression fiscale est déjà très élevée et une hausse massive des prélèvements risquerait de pénaliser le travail, l’investissement et l’attractivité du pays.
Taxer davantage les ultra-riches peut produire quelques recettes supplémentaires. Cela ne permettra pas de financer un ajustement de 125 milliards d’euros. Le rapport insiste d’ailleurs sur l’impossibilité de concentrer l’effort sur quelques catégories seulement : il devra être largement partagé.
Le vieillissement rend la dérive presque automatique
Une part croissante du problème est démographique. Le vieillissement de la population entraîne davantage de retraités, des pensions versées plus longtemps et une augmentation des dépenses de santé.
À politique inchangée, les dépenses de retraite augmenteraient de 47 milliards d’euros entre 2026 et 2030, et celles de santé de 40 milliards d’euros. Dans le même temps, la charge de la dette passerait de 78 à 124 milliards d’euros.
Le déficit n’est donc plus seulement le résultat de mauvaises décisions ponctuelles. Il est inscrit dans le fonctionnement même de notre modèle social : les dépenses progressent spontanément plus vite que la richesse produite et que les recettes disponibles.
Une réforme de la solidarité nationale devient inévitable.
La solidarité nationale repose principalement sur deux piliers : les retraites et la santé. Or ce sont précisément les dépenses les plus directement exposées au vieillissement de la population.
Les dépenses de santé passeraient de 273 milliards d’euros en 2026 à 313 milliards en 2030. Le vieillissement, la progression des affections de longue durée, le coût des nouvelles thérapies et les faibles gains de productivité à l’hôpital alimentent cette hausse.
Pour les retraites, le rapport 2026 du COR est tout aussi clair. Elles représentent déjà 422 milliards d’euros, soit 14,1 % du PIB et près du quart des dépenses publiques. La stabilité relative de leur poids jusqu’en 2045 repose déjà sur deux ajustements : travailler plus longtemps et accepter que les pensions progressent moins vite que les revenus des actifs. Le COR identifie trois leviers : augmenter les cotisations, repousser l’âge de départ ou réduire les pensions.
Il faut donc nommer les choses clairement.
La France devra probablement baisser le niveau relatif, voire réel, de certaines retraites et réduire la part des dépenses de santé prise en charge par la solidarité nationale. Cela signifie davantage de ciblage selon les revenus, des remboursements moins généreux pour certains soins, des restes à charge plus élevés et une intervention accrue des complémentaires ou des ménages.
Concrètement, ceux qui sont aujourd’hui actifs devront travailler plus longtemps, tandis que ceux qui sont déjà retraités verront probablement le pouvoir d’achat réel de leur pension diminuer progressivement. Rien de catastrophique, mais un mécanisme de rééquilibrage indispensable jusqu’au retour à l’équilibre.
Les choix précis seront politiques, mais l’équation budgétaire ne l’est plus : Le niveau actuel des retraites et de la prise en charge collective de la santé vont devoir baisser !



